Ruffi . Giandonati

Requalification du site et création d’un bâtiment de service . Château de Chillon


Design team: Lapo Ruffi . Vanessa Giandonati

Le projet propose la construction d’un paysage architectural sur d’anciennes fondations, source simultanée de merveille et de contemplation.











Construire sur les ruines
Cette ambition s’inscrit dans le cadre d’une lecture attentive des espaces habitables du paysage, où le projet devient instrument «d’invention, conception d’un lieu théâtre d’expérience dont l’architecture est la toile de fond, le support nécessaire à un événement» (Aldo Rossi). Une approche par conséquent sensible, émotionnelle et sensorielle, dans laquelle la perception du visiteur est indissociable des éléments du lieu – eau, roche, végétation – et où une promenade autour d’un lac peut se transformer en «boîte à miracles».
Dans le paysage insulaire de Chillon, défini dans les différents épisodes comme le Château, le jardin supérieur, le jardin inférieur, la plage, la rive du lac, s’intègre le bâtiment de service du Château et plusieurs Fragments épars. De nouveaux événements fondateurs qui réécrivent la topographie du paysage, accueillant par sédimentation une architecture construite sur un socle: le nouveau bâtiment de service, un nouveau Pavillon et ses Fragments s’élèveront sur les pierres qui ont servi au lieu, auparavant démolies, cachées, retrouvées puis à nouveau réduites au silence, en leur offrant une nouvelle vie. L’acte de se greffer sur les roches du noyau fondateur de Chillon fait du Pavillon et du jardin un seul élément indissociable avec l’élimination des fausses ruines et la transformation de l’endroit en une enclave de civilisation passée et future, soubassement des vestiges de l’ancien village et du nouveau pavillon.

Paysages différenciés
Le projet a pour contexte un paysage de littoral qui fait de sa perméabilité différenciée et de sa connexion avec l’environnement son point de force. Les promenades, sud et nord, se raccordent à l’ancienne Rue d'Italie laquelle, abandonnant sa mission initiale, devient témoignage de la liaison piétonnière Veytaux-Villeneuve. Depuis et sur le tracé historique se greffent des accès et des parcours semblables à des boutures - construites ou végétales - qui connectent le lieu au système environnant au moyen du pont sur les voies CFF au nord, du passage souterrain de la voie ferrée au sud, et du débarcadère du lac.
La rive nord, dont l’essentiel est dissimulé par la végétation, maintient son caractère intimiste où pourra se poursuivre le parcours supérieur, liaison protégée le long de la voie ferrée, et les descentes vers le lac, enclaves domestiques contaminées par les équipements de loisir.
La rive sud, imaginée comme un parcours unique pavé en contact avec l’eau, dissimule l’accès routier de la zone et les places de stationnement à ses extrémités grâce à de précieux espaces verts qui accueillent les arbres dans un jeu progressif de vues depuis et vers le château, et mène le visiteur et le promeneur sur un parcours le long du lac caractérisé par des haltes, le repos et l’observation.
L’ancienne Rue d'Italie, piétonnière et ouverte aux voitures en cas de nécessité uniquement, retrouvera dans sa dimension et dans le traitement du parallèle de verdure, dense au nord et plus clairsemé au sud, cette progression visuelle qui offre, à partir de l’entrée principale, des images des lieux au visiteur en camouflant les objets de service, dépôts extérieurs, et en soulignant l’entrée vers les héros des lieux, le Château, le Bazar, la nouvelle architecture.

Fragments spécifiques
Un nouveau palimpseste parsemé d’objets nouveaux et existants - le pont sur les voies CFF, le bazar, le pavillon de jardin, le pavillon du débarcadère, le garage, le Pavillon et les Fragments – réécrit le lieu grâce à ces derniers. Une vision du paysage, naturel et construit, comme élément né de la relation entre l’espace perçu et l’espace projeté. S’y insèrent les Fragments spécifiques, éléments diffus, mémoire iconique du nouveau Pavillon et du Château.
Les Fragments, petits artifices bidimensionnels ou tridimensionnels, introduisent une modalité cognitive du paysage distincte, aujourd’hui continue et sans interruption, devenant le point de contact avec les éléments du lieu, eau et grève. La vision du spectateur sera catalysée par les plateformes ou cadres où «l'espace n’est pas le milieu dans lequel se disposent les choses, mais le moyen même par lequel la position des choses devient possible» (Robert Morris).
Fragments Visuels, pontons tendus sur l’eau, représentent les notes de cadrage du paysage sur la rive sud où faire une halte, se reposer ou tout simplement s’émerveiller, tourné vers l’horizon choisi: le château, le lac, les montagnes.
Fragments Équipés, des masses creuses, sorte de jumelles, seront intégrés dans la nature, réorganisant en leur intérieur les accessoires nécessaires à l’espace détente sur la rive nord, vue protégée vers le Château.

Construire dans le paysage construit
Le projet propose de construire dans le paysage construit, habité par des formes unitaires ou assemblées, où la stéréotomie et la tension entre les parties suit les ajouts consécutifs définissant l’architecture du château, recherchant une tension entre la morphologie construite et le vide défini par le pont d’accès au château, le Bazar et l’entrée du nouveau Pavillon des services.
Le rappel des architectures présentes crée dans le nouvel édifice une Morphologie Pétrifiée, où la dimension spatiale fonctionne à l’intérieur d’une masse qui poursuit le dialogue centenaire établi entre le château et le paysage.
Fragment du château, le Pavillon trouve dans les géométries constructives et dans les structures formelles des éléments des tours la double origine de sa volumétrie, sculpture habitée d’une mémoire brancusienne. Ouverte vers le lac, plus compacte vers la terre, la géométrie de la nouvelle architecture tourne son regard vers l’eau et les montagnes tout en se protégeant de la route et de la voie ferrée. Parallèlement, les analogies formelles s’expriment en distorsions contrôlées de la cinquième perspective des vues aériennes du Château, déclarées par une couverture quadrangulaire tendue vers le château lui-même, en dessous de laquelle confluent et se rencontrent les Passages Croisés.


Morphologies pétrifiées
Le volume compact du bâtiment de service rassemble l’héritage de l’ancienne tradition de construction par couches en la revalorisant et en l’adaptant aux nouvelles exigences avec le modelage d’une architecture où le mur cache un espace: le hall d’accueil, les escaliers, les locaux de service, les salles de halte et de contemplation de l’architecture et du paysage. Une Morphologie Pétrifiée donc, dont les fonctions superposées permettent de creuser la matière à ses points les plus symboliques; l’étage supérieur du commerce semble fort, troué à hauteur de l’entrée et s’ouvrant comme de grands yeux sur l’horizon et le château; tandis que l’étage inférieur de la cafétéria est vidé de son contenu, dessinant ainsi une grande loggia qui traverse le jardin, un vide suspendu entre les fondations et le bloc supérieur. L’idée est née de l’évocation des lieux, de la volonté de préserver le rapport direct entre le jardin et les parcours existants. La nouvelle architecture, s’adaptant à cette nature artificielle, s’insère dans le terrain en exploitant la double connexion avec le lieu, à partir de la route et du bord du lac. Si l’étage commercial se conclut par un espace circonscrit par les limites des murs dessinés d’ouvertures ponctuelles, l’étage cafétéria s’ouvre entièrement au paysage dans une expansion continue et progressive vers l’extérieur à partir des limites vitrées qui l’en sépare, vers l’extension couverte devant le lac jusqu’à l’extroflexion de l’intérieur sur une plateforme tendue sur l’eau, dernier appendice de la cafétéria où se réfugier été comme hiver.

Passages croisés
L’architecture du nouveau Pavillon trouve dans son périmètre l’explicitation de ses rapports avec le milieu ambiant et son lieu d’appartenance, le jardin. À partir des exigences de contrôle et d’atténuation des actions externes, climatiques et sonores, le mur assume en tant que limite la fonction de lieu de continuité, de passage ou de vie, une enveloppe architecturale qui est donc à la fois interstitielle, transitionnelle ou d’arrêt. La structure du mur, conçue comme cavité habitée, devient le lieu d’une expérience spatiale, seuil de dimension variable qui intercepte des passages croisés.
Le passage interstitiel séparant la voie ferrée du Pavillon se configure comme une simple soustraction de matière du volume compact et trouve dans le vide sa dimension la plus concrète. La rampe d’entrée, résidu de masse évidée, devient ici un élément architectural et le trait d'union entre les espaces interne et externe.
Le passage transitionnel du hall d’entrée dessine un vide-filtre où le visiteur est attiré à l’intérieur du bâtiment de service, entre des murs contenant des lieux qui dissimulent la masse compacte des services aux étages.
Le passage d’arrêt, qui correspond à la salle de la cafétéria, garantit la continuité des flux en se configurant comme un espace couvert perméable sur trois côtés. Il a fourni l’occasion d’ajouter une terrasse en saillie sur le lac, extension extérieure de la cafétéria, en complétant une stratification faite de parcours, de haltes et de nouveaux départs.

Construire l’horizon
Le projet du nouveau Pavillon, architecture tendue vers le Lac Léman, présente une réflexion multiple sur le rapport entre édifice et lieu, entre les obstacles visuels et notre corps, et donc entre l’espace et sa perception, le contrôle de l’horizon produisant des sensations et suscitant des émotions car, non seulement «le paysage omniprésent sur toutes les faces, omnipotent, devient lassant» (Le Corbusier), mais «l’encadrement d’une fenêtre peut être une pièce privée à l’intérieur de la pièce» (Louis Khan). Le projet transforme le jardin en un acteur de la mise en scène en construisant, non pas autour de ce dernier mais avec ce dernier, une architecture écrin sur le paysage, point d’observation privilégié où la clôture n’est plus une condition d’intimité. Ici, les montagnes, le lac et l’horizon deviennent domestiques.

Itinéraires distincts
À l’intérieur du Pavillon, l’espace, organisé selon ses règles distributives et typologiques, identifie des itinéraires distincts, celui de l’achat et celui des loisirs. Une expérience narrative progressive se déroule à travers la succession d’espaces et de plans visuels dévoilés allant de l’entrée sur la Rue d'Italie, au commerce, à la cafétéria.
Le hall s’interpose volontairement entre la voie ferrée et les espaces principaux du bâtiment de service, comme un itinéraire protégé qui filtre le spectacle et les bruits de la route cantonale et de la voie ferrée vers les salles.
L’espace de vente, itinéraire commercial dénoncé à l’extérieur par la vitrine sur le château, focalise l’attention sur les longues parois d’exposition interrompues par un cadrage sur le paysage, le Château et les Dents du Midi. Ces deux ouvertures rompent les limites de la salle en renforçant la profondeur de champ de l’observateur, tandis que la pente de l’avant-toit accentue l’emphase visuelle sur les cadrages.
La salle de la cafétéria, lieu protégé donnant sur le jardin surbaissé, représente l’itinéraire visuel par antonomase, où le paysage et ses éléments se dévoilent entièrement. Ici, la perspective ininterrompue invite à une contemplation du panorama et offre un repos privilégié sur le lac, à l’abri d’une grande niche hivernale ou d’une loggia ombragée durant l’été, pièce extérieure où «le dehors est toujours un dedans» (Le Corbusier).

Durabilité répandue
Le binôme entre la matière – pierre, métal – et les couleurs du lieu, dans la confrontation voulue entre Château et nouveau Pavillon, s’exprime dans une masse unitaire de béton, métal et verre où l’image du passé revit comme manifestation d’aujourd’hui dans une revisitation de la masse compacte et granuleuse du château et des couleurs des peintures murales bernoises. La forte perception volumétrique est renforcée par l’utilisation de béton lavé in situ pour les murs externes et la couverture, et de béton apparent pour les parois internes, tandis que les menuiseries en bronze et verre soulignent, en les recadrant, des vues magnifiques.
Le volume suspendu sur le jardin cache des fondations greffées sur des mémoires souterraines et les sauvegarde dans l’histoire. Les murs structuraux, délimitant les zones de services compactes, permettent de dégager entièrement l’espace des deux salles principales en créant d’amples espaces offrant une utilisation flexible. À l’intérieur, la lumière et l’utilisation du bois pour les meubles et les finitions renvoient aux détails en bois de l’intérieur du château, et donc à une dimension domestique des espaces de la vie quotidienne.

Competition name
Château de Chillon | Requalification du site et création d’un bâtiment de service . Château de Chillon
Client
Fondation du Château de Chillon
Project name
Fragments à miracles
Architect
Lapo Ruffi / LRA, Vanessa Giandonati
Design team
Lapo Ruffi, Vanessa Giandonati
Collaborators
Gianluca Chiostri, Nicholas Diddi

Site
Château de Chillon, Veytaux, Switzerland

Competition
2012-2013

Site area
12.333 sqm


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